"GRIB - Économie" - Texte de présentation
Disciplines - Économie
Écrit par Emilie Pons et Pasquale Lubello   
  Bilan et perspectives de l’agribusiness brésilien.

Au début des années 60, l’économie Brésilienne était caractérisée par une agriculture traditionnelle faiblement mécanisée et une industrie agro-alimentaire encore peu développée. A cette époque, l’utilisation de produits phytosanitaires et de fertilisants synthétiques était marginale. Après la Révolution verte des années 70, un mouvement d’intégration entre la partie la plus modernisée du monde rural, les industries agro-alimentaires et les industries fournisseuses d'intrants a commencé à se mettre en place. Elle a conduit, à la fin des années 80, à l’essor d’un nouveau modèle économique : l’agribusiness. Ce modèle a permis de consolider la position d'exportateur net du Brésil en lui garantissant des récoltes record (cas du soja par exemple) et d’importants surplus exportables. Il a en outre permis de faire entrer un nombre important de devises sur le territoire. A cet effet, l’agribusiness a constitué un puissant moteur de l'économie brésilienne.

Cette réussite fulgurante a malheureusement conduit à l’émergence d’un certain nombre de problèmes. La mécanisation agricole a ainsi fortement contribué à l’exode rural des années 70 qui, à son tour, a favorisé la concentration foncière. Si la révolution verte a permis à la production agricole d’atteindre des niveaux sans précédents, elle n’a malheureusement pas permis d’accroitre les revenus et d’enrayer une pauvreté croissante, exacerbée par l’exode rural. La rapidité avec laquelle le secteur agricole s’est transformé a ainsi contribué, du fait du manque de revenus, à soulever des questions telles que la souveraineté alimentaire ou la malnutrition, un résultat pour le moins paradoxal dans le cas d’un pays agro-exportateur net comme le Brésil. A ces problématiques socio-économiques, s'ajoutent aujourd’hui de nouveaux enjeux liés à sécurité alimentaire (OGM) et à la protection de l’environnement (biocarburants), reflétant l’urgence de repenser les systèmes actuels de production dans une perspective de durabilité.

Cette question se pose avec d’autant plus d’acuité que les questions environnementales sont aujourd’hui un enjeu majeur des négociations internationales (UNFCCC, Doha) et que les restrictions commerciales fondées sur des raisons environnementales prendront probablement dans l’avenir une place de plus en plus importante. On peut par exemple citer le cas de la Directive sur les énergies renouvelables, proposée par la Commission Européenne, qui prévoit que seuls les biocarburants « durables » pourront bénéficier d’une incitation fiscale et être comptabilisés dans l’objectif européen de 10%. Alors que le marché européen constitue un débouché important pour le Brésil (30% de ses exportations), la réaction des producteurs brésiliens au défi de la durabilité est donc importante. Plus globalement, c’est l’adaptation de l’ensemble du secteur de l’agribusiness aux nouvelles contraintes environnementales qui constituera, dans l’avenir, un enjeu fondamental.

Responsables discipline : Emilie Pons et Pasquale Lubello