Focus: la Coupe du Monde de 1950
Copa 2014 - Retour sur la Coupe de 1950
Écrit par Delphine Gras   
Mardi, 20 Mars 2012 11:58

Le Brésil a accueilli la quatrième édition de la Coupe du Monde, entre juin et juillet 1950. Alors que tous les commentateurs s'attendaient à voir le pays-hôte remporter la compétition, au regard de la supériorité technique montrée lors des matchs précédents, l'équipe nationale brésilienne finit par s'incliner en finale face à l'Uruguay, sur le score de 2 buts à 1. Dans un Maracanã plein à craquer[1] - alors que tant les spectateurs que la presse couvrant l’événement avaient anticipé la victoire - la défaite surprise fut vécue comme une expérience traumatisante[2]. Plusieurs raisons furent avancées pour expliquer le « drame du 16 juillet » : certaines d'ordre sportif (un excès de fair play des joueurs, un optimisme démesuré de la part des acteurs politiques et des médias qui aurait affecté les joueurs) ; d’autres d'ordre moral. Mário Filho, dans la seconde édition de son ouvrage « O negro no futebol brasileiro »[3] (Le Noir dans le football brésilien), dénonce une recrudescence du racisme après la défaite de 1950. Il affirme que les journalistes de l’époque avaient mis en cause l'incompétence des joueurs noirs de l'équipe, en raison de leurs origines ethniques. D'autres auteurs estiment qu'aucune explication de type racial n'a été donnée et que le récit de Mário Filho serait de la pure fiction[4]. Le sujet reste controversé dans l’historiographie du football brésilien. Toujours est-il que cette défaite représente encore aujourd'hui une grande marque pour le peuple brésilien. Le sociologue Roberto Da Matta la décrit même comme étant peut-être « la plus grande tragédie de l'histoire du Brésil contemporain »[5].



[1] Le Maracana est l'un des plus grand stade du monde : il avait la capacité d'accueillir un dixième de la population de Rio de Janeiro de l'époque, soit 200 000 personnes.

[2] J. Sergio Leite Lopes, idem, page 87 « The defeat in the final game in 1950 was completely unexpected and traumatic for this collective construction. Having played much better than the team from Uruguay in the earlier matches, the Brazilian team, greatly influenced by the public -- which had reached the anticipated pleasure of the collective sentiment of nationality -- and by the press, was regarded as certain to come out victorious »

[3] FILHO, Mário, O negro no futebol brasileiro. Rio de Janeiro: Civilização Brasileira, 1964

[4] Voir SANTOS, Natasha; MENDES CAPRARO, André y STRAUB LISE, Riqueldi. Racismo e a derrota que não foi esquecida: uma análise dos discursos de Mário Filho e da imprensa escrita acerca da final da Copa do Mundo de 1950. Movimento [en línea] 2010, vol. 16

[5] DA MATTA, Roberto (Org.). Universo do futebol: esporte e sociedade brasileira. Rio de Janeiro: Pinakotheke, 1982.