Hommage à Luiz Pilla Vares

A l’âge de 68 ans, le journaliste et écrivain Luiz Pilla Vares s’en est allé, ce jeudi 9 octobre 2008, dans sa ville de Porto Alegre, alors qu’était publiée dans le journal Zero Hora sa dernière colonne journalistique, "As entrevistas dos boleiros". Militant et acteur historique du Parti des Travailleurs (dont il avait été président à Porto Alegre, et vice-président dans l’État du Rio Grande do Sul), Pilla Vares a fait vivre ses convictions à travers de nombreuses publications et une intense activité politique.

Secrétaire municipal de la Culture à Porto Alegre entre 1989 et 1994, il y avait mis en place – à la suite d’intenses débats théoriques – un ambitieux et novateur programme de décentralisation culturelle. Il avait par la suite poursuivi ses actions au niveau étatique en 1999 et 2000, en tant que Secrétaire de la Culture de l’Etat du Rio Grande do Sul. Intellectuel engagé et actif, il n’avait pourtant jamais eu d’ambition élective : « Quelle horreur, disait-il, je n’ai pas le courage de demander des votes aux citoyens. J’en suis incapable. Mais je suis un homme politique, des pieds à la tête ! ».

Appelé en 2003 à Brasília pour y intégrer une équipe ministérielle du premier gouvernement Lula, Pilla Vares avait aimablement refusé l’invitation. Pour une raison révélant bien la force et la particularité de son caractère : « Je déteste Brasília, je trouve que c’est une ville horrible. Vas-y pour voir ! Je me suis toujours dit que je n’irais pas à Brasília ».

Fidèle à ses idéaux, Pilla Vares s’était également éloigné volontairement des positions de pouvoir, afin de favoriser une régénération du personnel politique du PT : « au sein du PT, affirma-t-il en 2005, je ne suis plus qu’un militant. Je suis très vieux. Et un des problèmes du PT pour moi, c’est justement cela : les dirigeants s’éternisent, le parti se bureaucratise. C’est grave, il n’y a plus de jeunes au PT ».

Mais Pilla Vares ne s’est jamais contenté d’un simple repli politique. S’il a continué à écrire jusqu’à ses derniers jours, il mettait aussi ses compétences théoriques, son expérience politique et ses talents d’éducateur au service de ce renouvellement politique. En participant notamment au groupe de formation politique du Parti des Travailleurs. Une transmission du savoir qui se manifestait simplement, par la parole, par le débat, ou par un simple regard.

Un regard lucide, critique et global sur les évolutions politiques contemporaines. Un regard alimenté d’une profonde connaissance historique. Un regard prospectif et constructif enfin, aidant la jeunesse à réfléchir aux formes possibles d’un « Socialisme du 21e siècle ».

Le regard et la pensée de Pilla Vares se sont élevés en ce début du mois d’octobre 2008. Loin de Brasília… Quelque part au-dessus de Porto Alegre, ville à laquelle il était tant attaché et de laquelle il ne s’éloignera jamais définitivement. Le Pôr de sol était teinté de rouge ce jeudi 9 octobre, lorsque l’ancien Gouverneur et actuel président du PT du Rio Grande do Sul, Olívio Dutra, rendait un hommage ému à son ami Pilla : « Mon compagnon, tu as vécu la vie intensément. Pour cette raison, tu ne mourras jamais ».